Il est de ces jours où soudain tout nous arrive dessus avec la force d'un ouragan. La seule envie qui surnage est celle, puérile, de s'enfouir à jamais dans l'obscurité tiède et parfumée des couvertures pour y pleurer à son gré et de ne pus en sortir jamais.
Les évènement frappent avec la force d'une batte de base-ball, en plein ventre, coupent le souffle, coupent l'élan, coupent l'herbe sous le pied, coupent l'envie d'avancer, tuent tous les projets, tous l'optimisme. Tout n'est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes. Oh non, tout n'est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes. Ça fait mal, qu'est ce que ça fait mal. La douleur est soudaine, violente, arrive sans prévenir, même si on pouvait s'attendre à quelque chose. Et alors ... Alors ...
Je me sens perdue.
Et pourtant, il fait tenir, tenir, tenir, tenir. Pas pour soi, non,. Juste pour les autres. Tenir pour cet enfant qui nous regarde sans comprendre nos larmes, tenir pour les parents qui ont déjà bien assez de soucis comme ça pour qu'on ne les inquiète pas plus, tenir pour la famille elle aussi embourbée dans des catastrophes personnelles. Tenir pour les amis qui n'ont pas à nous supporter mal, tenir pour ceux qui ont fait mal, pour ne pas s'abaisser à leur montrer combien ils ravagent. Tenir pour l'avenir, tenir pour construire, tenir pour la fierté. Tenir pour ne pas s'effondrer et tout entraîner dans son sillage.
Tenir, tenir, tenir, et retrouver son chemin.
Sourire, pour ne pas pleurer, sourire pour ne pas faire peur, sourire pour rassurer, sourire pour faire semblant, sourire pour faire croire, sourire pour muscler les zygomatiques, sourire parce que sourire fait toujours du bien, sourire parce qu'un sourire fait toujours plaisir.
Il y a parfois cette impression récurrente. Cette impression d'être la seule personne à se débattre, à essayer. On tourne, on tourne, mais on tourne à vide. On essaie tout, mais tout tombe à plat. Il y a toujours quelque chose qui cloche, quelque chose qui ne va pas, quelque chose qui met tout à plat.
On essaie pourtant, on y met toute notre énergie, mais il y a toujours quelqu'un pour nous lancer un regard qui écroule tout, un mot qui fait que tout s'effondre soudain. L'énergie s'en va, on se vide, avant de tenter de repartir aussitôt, parce que si on reste trop longtemps sur le quai, après c'est fini.
Fini.
Fini.
Fini.
Alors on repart, boule d'énergie, de joie et d'espoir, boule de nerfs, boule masquée, boule masquant ses failles et on continue à faire semblant d'être emplie de joie de vivre, et on continue à tourner pour tenter de décoller. On tourne, on tourne, on tourne sans s'arrêter. Et on se dit qu'un jour, on finira bien par y arriver à ce bonheur dont on nous soûle tant.
Un tour de manège autour de nos vies, nos vies qui tournent en rond.
Il y des instants ainsi où l'on se sent comme un poisson dans son aquarium. Quoiqu'on fasse, on se retrouve face aux mêmes personnes, face aux mêmes obstacles, face à la même routine, qui revient, toujours, toujours, toujours, toujours la même. On regarde la vie, à travers la vitre, mais elle nous semble déformée. Est-ce le prisme de l'eau ? Est-ce le verre arrondi ? Est-ce juste une illusion ? Pourquoi celle-ci à l'extérieur nous parait-elle plus belle, plus colorée, plus vive, plus variée ? Pourquoi aussi a-t-elle cette drôle de forme ?
Un tour de manège autour de nos vies qui montent et qui descendent.
On voudrait atteindre ce qu'on ne peut avoir, on voudrait sortir de ce petit bocal quitte à s'étouffer par manque d'oxygène. Mais peu importe après tout, on na qu'une vie, et seul compte le bonheur. Notre petit bonheur personnel.
Un tour de magie pour voir si le voyage vaut le coup.
Et pourtant, malgré ça, on parvient à être heureux. On arrive à surpasser le stress, le gris, le maussade, la pression, les grimaces, les cris, les disputes, les échecs, les but inaccessibles, les rêves impossibles. On prend ses propres pinceaux, et on colore sa vie.
Un tour de manège autour de nous qui tournons autour de nous.
Et l'aquarium, fade et terne, se transforme peu à peu en manège. Oh, on tourne toujours autant dans un carrousel. Mais on est entraîne par la joie, par la musique, par la gaieté ambiante. On se laisse porter par le cheval de bois, et on se dit qu'après tout rien d'autre n'importe que cette petite musique de fête dans nos oreilles, que ce balancement régulier, que ces rires autour. On donne toute leur importance aux sourires de ceux qu'on aime, et on fait attention aux petits détails. A une fossette qu'on n'avait jamais remarquée sur la joue droite, à un grain de beauté dans le dos, à une veine qui ressort sur le bras, à une tâche en forme de lapin dans l'oeil droit, à une dent légèrement brisée ou à un nez un peu tordu, à un fil qui ressort d'une robe, à un cheveu qui dépasse. A toutes ces choses auxquelles, d'habitude, on ne prête aucune importance, et qui, soudain, prises dans le manège, nous semblent presque vitales.
Un tour de looping pour voir si notre amour vaut le tour.
Bien sûr arrive un instant où les doutes reviennent. Un moment où soudain, ce grand manège, ce beau manège, nous met la tête à l'envers. Et les doutes assaillent, piquent, font mal. On les repousse tant bien que mal. On surpasse, on se surpasse, même si les chevaux ralentissent, même si la musique semble s'atténuer. Et on repart, on veut repartir. Le tour ne doit pas s'arrêter, non, jamais, même si ce grand manège, ce beau manège nous met le coeur en l'air.
Un tour de toupie, pour voir si notre amour vaut le tour.
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